| Redynamiser la croissance afin de lutter contre le chômage et l’inflation |
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1. Taux de croissance mitigé et chômage La population algérienne qui est passée de 25 à plus de 33 millions et une population active de 6 à plus de 9,5 millions entre 1991/2007 influe de manière significative sur la capacité d’absorber la demande additionnelle annuelle de 450 000/500 000 qui s’ajoute au stock de chômage, montant minimisant d’ailleurs la demande féminine où le nombre de réussites aux baccalauréats 2005/2007 des filles est supérieur aux garçons. Et ce avec une concentration dans les grandes wilayas comme Alger, Constantine, Annaba, cette tendance à la forte urbanisation étant dangereuse, sans compter les effets néfastes : dégradation de l’environnement, prostitution, délinquance, construction anarchique avec les risques de maladies divers. Cela pose d’ailleurs le statut du foncier agricole dont la réactualisation du cadastre n’a pas été faite, ayant un coût important (la facture alimentaire de 4,5 milliards de dollars en 2007 allant vers 7/8 en 2010 du fait de la suppression des subventions selon les règles de l’OMC) alors que le montant des subventions débloquées par le gouvernement algérien pour parer à la hausse des prix au niveau mondial uniquement pour la farine, la semoule et le lait a été estimé à 163 milliards de dinars (1,6 milliard d’euros). Concernant précisément l’évolution structurelle et sectorielle de l’emploi, elle est approximativement comme suit : 8 millions d’employés ventilés ainsi :- a) employeurs- indépendants 2,2 millions -b) fonctionnaires 1,5 million - c) emplois permanents dans le secteur économique 1,6 million -d) emplois temporaires dans le secteur économique 2,7 millions, (car le taux de chômage officiel prend en compte la sphère informelle). Toujours dans ce cadre, il convient de préciser qu’au niveau de la rubrique administration- services commerce, ce n’est pas tous des emplois créateurs de valeur ajoutée assistant également à des sureffectifs dans le secteur économique. Concernant précisément la Fonction publique, le nombre de fonctionnaires est d’environ 1 500 000 et non compris les contractuels et vacataires approche actuellement 1 300 000 (pour rappel, environ 680 000 fonctionnaires au Maroc et 350 000 en Tunisie). Sectoriellement l’effectif de la Fonction publique est ventilé comme suit :- mairies 12,6% - administration centrale 13,7% - services déconcentrés (exécutif de wilaya) 50,9%, ratio le plus élevé du fait de la non rationalisation de ces directions. Ainsi la dernière anomalie en date on ajoute à la direction industrie sous utilisée une direction de la PMI/PME sans compter la direction du tourisme et de l’artisanat ; enfin les établissements publics à caractère administratif totalisent 22,8%. Concernant l’encadrement, dans l’ancienne organisation représente y compris les fonctions supérieures de l’Etat 19,3% ; les réseaux intermédiaires maîtrise 34,6% contre le chiffre faramineux de l’exécution qui est d’environ 46,1%. Car le paradoxe est qu’un ingénieur pour le même niveau recruté dans une administration pour la même formation peut toucher deux fois moins que le secteur économique alors que c’est un besoin essentiel pour améliorer le service public, l’écart entre cet ingénieur et une femme de ménage à Sonatrach étant très faible expliquant la pléthore de l’exécution qui approche 50% dans la fonction. Quelle est l’évolution du taux de chômage ? Après la stabilisation politique 1999/2004, la nouvelle politique d’emploi du gouvernement entre 2004/2009 devait viser à consolider les efforts pour un taux de croissance soutenu hors hydrocarbures pour réduire le chômage. Or, sur le plan économique, le constat est que le premier plan de soutien à la relance économique, (1999/2004 pour plus de 7 milliards de dollars US) et le second 2004/2009 doté d’une enveloppe de plus de 180 milliards de dollars US n’ont pas réussi à inverser les tendances profondes de la crise économique que connaît notre pays depuis deux décennies assistant à un renforcement de la dynamique rentière. D’une manière générale concernant ce problème complexe, force est de constater que la propension du gouvernement à présenter des chiffres attestant de l’amélioration nette et constante du niveau de vie des Algériens et de la baisse du taux de chômage est contredite par la réalité. Certes, la définition du chômage est souvent ambiguë. En Algérie et dans la plupart des pays du Tiers-Monde, l’importance de la sphère informelle joue le rôle de soupape de sécurité tant par l’importance de l’emploi que par des mécanismes de redistribution de revenus du fait qu’elle entretient des rapports complexes avec la bureaucratie. Selon les données officielles, le taux de chômage est passé de 29% en 2000 pour retomber à 15% en 2005, 12,5% en 2006 et 11,8% en 2007. Comment cela a pu être avec un taux de croissance faible ? Selon le dernier rapport de la Banque mondiale de 2008, il a été de 1,8% en 2006, 3,4% en 2007 et sera respectivement de 4% en 2008 et 3,8% en 2009. Alors que les gouvernements successifs avaient prédit dans les lois de finances des taux de croissance supérieurs à 6%. Mais le taux de chômage officiel contredit les lois élémentaires de l’économie (le taux d’emploi est fonction du taux de croissance) et le dernier rapport du FMI 2007 donne un taux de 20% avec une dualité croissante entre les emplois permanents en décroissance et les emplois temporaires en croissance. Par ailleurs, il faut signaler que le chômage frappe les personnes mal formées et récemment massivement les diplômés de l’enseignement supérieur montrant à la fois un ralentissement de l’activité économique, l’inadaptation de l’appareil économique aux nouvelles mutations internationales. Car les organismes chargés de l’emploi pour les jeunes (l’Ansej) depuis sa création à ce jour, son bilan est mitigé autant que le CNAC malgré les nombreux avantages accordés. Car si la croissance n’est pas reprise par les entreprises, à la fin de l’épuisement des ressources dégagées par le plan de soutien à la relance économique des dizaines de milliers de femmes et d’hommes transitoirement employés seront au chômage. Cette situation de panne dans la réforme globale explique que l’Algérie dans le rapport 2006 du PNUD est classée à la 102ème position sur un total de 177 pays, améliorant timidement sa position par rapport à 2005 (103ème) au niveau de l’indice du développement humain plus fiable que le PIB par tête d’habitant, introduisant les indicateurs sociaux. Si l’on prend l’IRH hors hydrocarbures, la position reculerait d’environ de 20 points la ramenant à la 153ème position sur 177 soit parmi les pays les plus pauvres de la planète. Cela explique également la nette détérioration du pouvoir d’achat (le Smig étant à 120 euros contre une moyenne de 150/200 au Maroc et en Tunisie) et ce malgré les actes de solidarité (10% du PIB mais mal ciblées et mal gérées). Paradoxalement, la crise du logement permet à une famille de disposer de plusieurs revenus reportant dans le temps provisoirement les tensions sociales. 2 : Baisse de la salarisation et inflation Le ratio global masse salariale sur le PIB total passe de 22,10% en 1991 à 20% en 2001 et 19,60% en 2006. Par contre le ratio masse salariale sur le PIB hors hydrocarbures passe quant à lui de 32,70% en 1991 à 31,50% en 2001 et à 34,90% en 2006, soit une progression relativement faible. Le constat est que la salarisation est en nette baisse accusant une régression au profit des emplois rentes alors que pour 2006 le ratio masse salariale sur le PIB est supérieur à 30% au Maroc et 37% en Tunisie, et varie entre 40/60% selon les pays développés oubliant ainsi que le salaire est un prix et que le travail est la seule source de la richesse permanente. Et bien entendu tenant compte de cette caractéristique du mode d’accumulation du XXIème siècle basé sur le savoir qui a remplacé le mode d’accumulation matériel du XXème siècle, donc tenant compte des services qui ont un caractère de plus en plus marchands. A titre d’exemple, par rapport à leurs homologues maghrébins, le salaire net d’un professeur ou maître-assistant algérien est d’environ un tiers de leurs collègues marocains et tunisiens (entre 500 et 750 euros) avec la nouvelle grille des salaires consacrant la dévalorisation du savoir, alignés sur un des pays les plus pauvres d’Afrique, le Burkina Faso. Sans compter les enseignants du primaire au secondaire devant accueillir plus de 15 millions horizon 2012 dont le salaire net varie entre 200 et 300 euros avec la nouvelle grille des salaires alors qu’ils sont supposés former la génération de demain. Or, selon les critères internationaux, une formation adaptée de qualité est un élément clef de l’attrait de tout investissement porteur, sur le même niveau qu’une bonne gouvernance. Or, le recrutement de 100 000 étrangers niveau moyennement qualifiés coûterait environ 4 milliards de dollars US par an et que la perte pour l’Algérie de l’exode de ses cerveaux, au rythme actuel, lui coûterait plus de 50 milliards d’euros horizon 2010, soit le montant actuel de ses réserves de change (environ 53 milliards d’euros fin 2007). En fait, l’on est en passe d’importer presque tout y compris l’assistance étrangère (hier les usines clefs en main, aujourd’hui les infrastructures clefs en main). Ainsi, moyenne 2006/2007 pour l’éducation dans son ensemble, du fait de son archaïsme, l’Algérie est classée entre 2006/2007, 84ème sur 125 pays par les instituts internationaux et le dernier classement mondial de l’Institut Shanghai pour les meilleures universités dans le monde l’Algérie est notée 6995ème sur 7000. Triste vérité en effet et l’impact dans les relations internationales de notre pays sans les hydrocarbures serait nul. Or, toute nouvelle politique d’emploi doit se fonder sur une nouvelle politique salariale réaliste inexistante actuellement favorisant le travail utile et non les emplois rentes. Aussi, il y a urgence d’une gouvernance rénovée, de revaloriser le savoir et ce gaspillage des ressources par une mauvaise gestion généralisée (20% d’économies de gestion du plan de la relance économique 2004/2009 permettraient d’économiser plus de 36 milliards de dollars soit plus de 312 milliards de dinars alors que la masse salariale additionnelle de la revalorisation de la Fonction publique pour 2008 est inférieure à 170 milliards de dinars (moins de 1,7 milliard d’euros). Concernant le processus inflationniste qui a un impact sur le pouvoir d’achat, rappelons qu’existe un débat entre les partisans monétaristes où toute augmentation de la masse monétaire entraîne l’inflation, par ricochet les taux d’intérêt freinant par là l’investissement et les partisans de la régulation (mais toujours au sein d’une économie de marché et la dominance du secteur privé ) pour qui cette augmentation certes a des incidences à court terme mais à moyen terme permet la relance de la demande, l’élargissement du marché intérieur et est facteur de développement. Cependant, dans la pratique des politiques économiques des pays développés et des pays émergents se combinent à la fois une politique monétaire active mais également une politique budgétaire ciblée. Les enquêtes montrent clairement que n’existe pas une corrélation stricte entre l’augmentation des salaires donc de la masse monétaire mise en circulation et le niveau général des prix. Des facteurs économiques, sociologiques, voire politiques influent fortement sur la tendance : si l’on s’en tient aux facteurs économiques nous citerons l’augmentation de la production, le niveau de l’épargne ou de thésaurisation de cette augmentation, la disponibilité des produits divers sur le marché, avec la diminution ou l’accroissement des importations ou exportations et les fluctuation des taux de change. Il s’ensuit qu’à une analyse quantitative et surtout globale reflétée par ces indices devrait se substituer un traitement plus personnalisé et donc une analyse qualitative pour une politique salariale efficace. Ce que l’on peut affirmer, c’est qu’un indice de prix est historiquement daté et ne saurait se limiter aux biens classiques, impliquant une révision profonde du calcul par l’ONS posant d’ailleurs de la validité ou pas du taux d’inflation qui selon les officiels se situait à 2,6% en 2003, 3,6% en 2004, 1,6% en 2005, et 3% en 2006 et 3,5% en 2007. Alors qu’il est nettement supérieur surtout depuis 2006 et 2007 (un organisme sérieux le centre de recherche en économie appliquée, Cread, avance 6,5% en 2007) où nous assistons à un retour de l’inflation pour des raisons externes mais également internes (la stagnation de la sphère réelle et faiblesse de la production et productivité globale). On ne peut invoquer seulement l’extérieur dans la mesure où tous les pays sont insérés dans l’économie mondiale mais maîtrisent l’inflation. Pour preuve, le cours du pétrole a augmenté de 300% et le taux d’inflation dans les pays développés ne dépasse pas 3%. Dans les pays émergents, certes le taux d’inflation dépasse 4/5% mais le taux de croissance est supérieur à 8/11% selon les pays. En Algérie, c’est la stagflation ; combinaison d’une richesse monétaire inégalée qui ne signifie pas développement, taux de croissance faible, inflation et chômage. Rappelons que l’Algérie a un stock de la dette extérieure en nette baisse (environ 4,5 milliards de dollars) mais une dette publique interne croissante, liée notamment aux dépenses improductives de l’Etat et à l’assainissement des entreprises publiques (plus de 44 milliards de dollars 1971/2007) : résultat final combiné à l’inefficacité des dépenses publiques, plus de 1800 milliards de dinars de dette publique interne fin 2006 bien ramené à fin 2007 à 1050 milliards de dinars grâce aux hydrocarbures. Mais s’est-on attaqué à l’essence du mal qui ronge le corps social et ne risque-t-on pas de revenir à la case départ ? Car avec un taux de change de 100 dinars un euro et 70 dinars un dollar, normalement cela aurait dû dynamiser les exportations hors hydrocarbures ce qui n’a pas été le cas, moins de 2% en 2006/2007, le blocage étant donc d’ordre systémique faute d’entreprises compétitives du fait de la contrainte d’environnement (bureaucratie, système financier, foncier, socio-éducatif) qu’elles soient publiques ou privées. Cela explique selon le dernier rapport de la Banque mondiale de 2008 le faible taux de croissance soit un des plus faibles en Afrique et au Moyen-Orient, croissance faible tirée par les dépenses publiques (segments, BTPH, services) via les hydrocarbures, comme en témoigne la dominance de la fiscalité pétrolière au sein des recettes budgétaires, malgré des dépenses monétaires sans précédent, des réserves de change de plus de 100 milliards de dollars fin 2007, en réalité 53 milliards d’euros dont près de 50% placés à l’étranger en dollars, avec la dépréciation du dollar par rapport à l’euro de près de 50% entre 1999/2007 (98% de nos exportations en dollars et plus de 60% de nos importations en euros). En conclusion, il s’agit d’éviter des solutions hasardeuses et utopiques, comme le retour à l’Etat gestionnaire contenu fondamentalement dans la nouvelle monture de la stratégie industrielle qui constitue un frein aux réformes et les subventions répétées qui sont un retour à l’économie administrée. Et ce en mettant en place d’autres mécanismes de régulation conciliant efficacité économique et cohésion sociale, n’étant ni dans une économie administrée, ni dans une économie de marché concurrentielle, d’où les tâtonnements et les difficultés de régulation. L’Algérie doit s’adapter impérativement aux nouvelles mutations mondiales pour un retour à la croissance hors hydrocarbures afin de préserver le pouvoir d’achat à travers une véritable efficacité gouvernementale. Et ce afin de mettre fin à ce paradoxe : l’Algérie un pays riche mais une population pauvre. Docteur Abderahamane Mebtoul, expert international (1) Intervention du Docteur Abderrahmane Mebtoul le 8 janvier 2008 radio arabophone algérienne Chaîne I : «sur le foncier agricole» avec notamment le secrétaire général de l’UNPA, le directeur général du foncier agricole du Ministère de l’Agriculture. (2) Audit réalisé sous la direction de A. Mebtoul pour les autorités algériennes : Alger- entre janvier 2005 et mai 2006 (6 volumes) sur le thème «Propositions d’une nouvelle politique de l’emploi et des salaires». Source: La Nouvelle Republique - Le: 03/02/2008
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